Articles

Affichage des articles associés au libellé notulae

Illustrations dramatiques...

Image
Le DE REGNO de saint Thomas d'Aquin a été écrit au XIII e siècle : les lignes sur les conditions du territoire de la Cité peuvent surprendre sous la plume d'un Docteur connu spécialement pour sa pénétration métaphysique. Il est aisé de montrer qu'aujourd'hui encore, elles n’ont rien perdu de leur actualité. Il est aisé de voir - hélas par contraste - à quel point la doctrine politique et économique de saint Thomas d'Aquin mérite d'être approfondie : elle peut fournir la clé de beaucoup de problèmes auxquels nous sommes confrontés aujourd’hui. Voici une illustration tirée du domaine de l' agro-alimentaire. La mondialisation du commerce des denrées alimentaires, soutenue par l’industrialisation systématique de l’agriculture et chapeauté par le monopole écrasant des trusts de grande distribution, entraîne la détérioration de la vie des agriculteurs, les conduisant à exploiter - parfois jusqu'à détruire - leur environnement naturel, et les absorbant ...

Dimensions de la Cité

Image
Voir le plan général du De Regno... Voir le plan spécial du deuxième livre De Regno... Accessoirement, quelques considérations du De Regno donnent des éléments de réflexion au sujet des dimensions idéales de la Cité. Au temps de saint Thomas, on pouvait considérer que la Cité - incluant la campagne environnante - comportait tout le nécessaire pour la vie humaine, industries et œuvres de civilisation incluses. Les villes ne se regroupaient en provinces que pour assurer leur défense. Saint Thomas dit de même dans son Super Matthaei Evangelium [1] . Les transformations actuelles du monde rendent cette vue quelque peu caduque, mais les principes demeurent : la Cité, au sens plein, est la communauté auto-suffisante. On peut certes se demander quelle est aujourd’hui cette Cité. Faut-il l’élargir aux dimensions de l’Europe ou du monde ? La Cité antique était réduite aux dimensions de la ville et de la campagne environnante. Ne faut-il pas aujourd’hui dépasser les États ...

Commerce et finance

Image
Voir le plan général du De Regno... Voir le plan spécial du deuxième livre De Regno... "Les négociants portent tout leur effort vers le gain, et par suite la pratique habituelle du négoce enracine la cupidité dans le cœur des citoyens..." Saint Thomas d'Aquin , De Regno II, 7 Voir le passage entier du De Regno sur les marchands ... Pourquoi un tel ostracisme à l’égard des négociants ? Sont-ils tous nécessairement envieux et cupides ? Là n’est pas la question. Toute entreprise économique, atelier, usine, exploitation agricole ou autre est finalisée et définie par ce qu’elle produit, par ce qu’elle apporte en propre. Cette production est réglée par les besoins et la réalité de la vie humaine. Une entreprise commerciale (a fortiori financière), à moins de n’être que l’auxiliaire d’une entreprise de production ou d’approvisionnement, ne produit rien ; elle n’est finalisée par rien, sinon par l’argent. Or, l’argent n’est pas un bien réel, mais un ...

L'immigration

Voir le plan général du De Regno... Voir le plan spécial du deuxième livre De Regno... Comme en passant saint Thomas touche, dans un passage du De Regno sur les marchands, une question très actuelle. Le moins que l’on puisse dire est qu’il n’est pas favorable à la présence d’étrangers sur le sol de la Cité. Il ne s’agit pas ici de porter un jugement de valeur sur les mœurs et coutumes d’un autre peuple. Les peuples ont des mœurs différentes issues de leur Histoire et de leur tradition. Le mélange dans les mêmes lieux fait perdre ces héritages. Les hommes du melting-pot sont des déracinés, sans repères ni traditions. Ils ne sont plus unis que par la matière et le lieu qu’ils habitent, sans unité proprement humaine. La tradition de la Cité où ils habitent n’a plus d’intérêt pour eux. Cette unité purement matérielle et utilitaire, sans communion à un héritage morale et culturel commun, rend précaire voire inexistante l’unité de la Cité. La Cité ne peut reposer sur une converg...

La monarchie : meilleur gouvernement ?

Image
« Le meilleur pour la société humaine est d'être gouvernée par un seul. » Cette conclusion ‘monarchiste’ issue du De Regno doit être nuancée et référée à l’ensemble de la doctrine politique de saint Thomas [1] . Il convient tout d’abord de ramener l’importance de la question à de justes proportions. Pour nous, le débat est quelque peu passionné et semble fondamental. En fait cette distinction présuppose chez Saint Thomas des principes fondamentaux, qu’il n’explicite pas du fait que de son temps ils n’étaient pas objet de contestation. Quel que soit le régime politique juste il est présupposé que la personne et les communautés inférieures sont ordonnées au bien commun politique et que la Cité est constituée par les corps sociaux hiérarchisés. Tout régime politique juste s’appuie sur ces corps et en émane. De sorte que la différence entre monarchie, aristocratie et régime constitutionnel - ou ‘démocratie’, non pas dans le sens moderne - est relative. De plus, la certitu...

L'amitié

Image
L’amitié est très importante en politique. Elle est le ciment de la société civile et le premier objet de la sollicitude du Prince. Une société fondée sur des rapports de force et d’intérêts ne peut subsister. Les activités humaines susceptibles de constituer notre bonheur terrestre sont communes ; la communication y est un aspect essentiel. Le bonheur présuppose donc que l’on consente à cette communication et que l’on s’y investisse. Cette disposition d’esprit a un nom : c’est l’amitié . En fait, dans l’acception ancienne de ce terme il n’y a pas une amitié, mais des amitiés. Chaque fois qu’il y a une œuvre commune, une communication consentie, assimilée, à laquelle l’esprit est disposé de manière stable, il y a amitié. Chaque homme est ainsi inséré dans un réseau d’amitiés les plus diverses : amitiés conjugale, familiale, professionnelles, politiques, culturelles, utilitaires enfin. Ces amitiés sont plus ou moins dignes, plus ou moins stables, superficielles ou profondes, pure...

Le bien commun 3)

Image
Lire l e début de l' étud e : Notion de bien commun. Lire la secon de partie de l'étude : Bien commun et bien particulier.   Cité, communautés, familles La Cité est la communauté très parfaite . Cette perfection ne signifie pas que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes et que nous avons le paradis sur terre, mais simplement que, tandis que les communautés ont, de soi et essentiellement, besoin les unes des autres, et besoin de s’inclure dans une communauté plus vaste pour atteindre leurs biens respectifs, la Cité, quant à elle, contient tous les éléments nécessaires au bien commun. S’il y a quelque déficience elle est accidentelle et vient de la fragilité de toute institution humaine. De même que les personnes sont parties de communautés, à commencer par la famille, la Cité est à son tour constituée de ces communautés. Tout ce qui est dit des rapports entre personnes et communauté en général vaut pour les communautés inférieures et la Cité. Les...

Le bien commun 2)

Image
Lire la première partie : Notion de bien commun. Bien commun et bien particulier Physiquement la personne humaine vit en elle-même et sur elle-même. Elle est un être physique autonome comme tous les animaux. Mais dans l’ordre de la vie humaine (c’est-à-dire la vie qui émane de l’intelligence et de la volonté) elle est insérée dans tout un ensemble, dans tout un réseau de communautés. Considérée comme vivant en communautés la personne se tient comme la partie au tout. Elle est essentiellement inachevée dans l’ordre de la vie humaine.  Si l’on considère le tout comme une simple addition ou juxtaposition de parties, comme la totalité d’un tas de pierres, alors les individus sont absolus ; leur unité est matérielle. Ce type de rassemblement ne forme pas une communauté ; les individus sont comme les spectateurs dans une salle de cinéma. Ce type de société, que propose le libéralisme , n’a pas d’unité : rien n’est au-dessus des libertés personnelles. La société n’est que le lie...

La finalité

Image
Tout être agit en vue d’une fin, pour atteindre un but. « Autrement il ne résulterait de son action pas plus une chose qu'une autre, si ce n'est par hasard. » ( Summa Theologica , I, 44, a4). Ce principe de finalité est exposé par Aristote au livre II des Physiques . Toute mouvement est défini par son terme. Toute opération même purement physique a un terme déterminé qui la définit. Tout être a une opération propre et un terme qui définissent sa nature. L’opération de l’arbre s’achève dans la production d’un fruit propre à son espèce. Le lion se met en chasse à la recherche d’une proie afin de se nourrir et de nourrir sa progéniture. Les opérations végétales et animales s’achèvent dans une chose produite, dans un résultat matériel. De même toute activité humaine a un but. Ce qui est propre à l’homme c’est que les fins de ses actions ne sont pas déterminées par la nécessité naturelle, comme les plantes, ni par un instinct, mais par sa propre décision.  « Que les animaux agi...

La distinction des régimes politiques

Image
    Principes La communauté politique est matériellement constituée par les citoyens, formellement par les rapports institutionnels des citoyens entre eux et avec l’autorité qui les gouverne.  Qui exerce cette autorité ?  Comment est-elle désignée ?  Les réponses à ces questions déterminent la nature du régime politique. Ce qui spécifie une société c’est l’ordre - on dirait aujourd’hui ‘la structure’ - des magistratures ou des autorités gouvernantes. « De même que le régime politique est spécifiquement défini par le mode de l’exercice du pouvoir, c’est-à-dire par l’ordre de ceux qui y exercent le pouvoir, il suit que les régimes politiques se distinguent par la diversité de ceux qui y exercent le pouvoir. » ( Saint Thomas , Politica . III, lectio 6, n392). Autrement dit le 'p rince' - princeps : nom générique signifiant ceux qui exercent l’autorité suprême - et les diverses autorités subalternes ont les uns avec les autres, et avec les c...

Le bien commun 1)

Image
Notion de bien commun Cette notion était tellement évidente que saint Thomas ne l’explique pas. Aujourd’hui une explication est indispensable. La nature physique peut nous en donner une idée. La multitude des êtres vivants, animaux et végétaux, ainsi que les substances organiques et minérales, auxquelles s’ajoutent l’eau, l’air et la lumière, constituent tout un ensemble pour une région donnée. Si l’équilibre de cet ensemble vient à être rompu par la disparition de certains êtres ou la prolifération d’autres, c’est la ruine et le désert, la mort pour tous. L’homme peut beaucoup pour entretenir ou ruiner cette harmonie de la nature ou bien commun physique. Toute communauté est constituée en vue d’une action commune. Or toute action a un objet, un but immédiat. C’est ce qui définit l’action, comme le but à atteindre définit le voyage, la progéniture l’activité génératrice, l’œuvre l’opération de l’artisan. C’est cet objet de l’opération commune qui est le bien commun d...

La monarchie : politique ou despotique

Image
Le terme de ‘monarchie’ n’est pas univoque. Aujourd’hui ce terme, à connotation négative, évoque plutôt la monarchie absolue, au pouvoir discrétionnaire, à moins qu’il ne s’agisse d’une démocratie couronnée, comme c’est le cas aujourd’hui. Saint Thomas distingue monarchie despotique et monarchie politique. Il va sans dire que c’est cette dernière qui représente pour lui l’idéal monarchique. « Quand un homme domine purement et simplement et pour tout, le régime est dit royal. Quand au contraire il domine en partie et selon la raison de cette science politique, c’est-à-dire selon les lois posées conformément à la science politique, le régime est dit politique ; il gouverne en partie quant à ce qui est soumis à son pouvoir ; et en partie il est sujet, du fait qu’il est soumis à la loi. » ( Saint Thomas , Politica , I ,lectio 1, n15). Saint Thomas établit une analogie entre la psychologie humaine et le gouvernement monarchique, et explique l’un par l’autre. « Dans l’homme cons...

Le Citoyen

Image
De la définition de la Cité découle celle du Citoyen.  Qu’est-ce-qui fait le citoyen ?  Qui est digne d’être citoyen ?  Aristote en traite au livre III de la Politique. Tout d’abord la notion de citoyen dépend de la forme du régime. « La raison de citoyen est diverse selon la diversité des constitutions politiques » ( Politica , III, lectio 1, n354).  Il faut qu’il soit véritablement et formellement partie de la Cité et non pas seulement de manière matérielle. Il doit concourir au bien commun, être une partie active de la Cité et pas seulement un consommateur de l’ordre public. Et donc il ne suffit pas qu’il réside depuis un temps plus ou moins long, mais qu’il ai fait sien le bien commun, donc l’héritage matériel et spirituel de la Cité, assimilé les mœurs de la population et qu’il s’y soit intégré. Ensuite il faut : « qu’il soit apte à exercer une magistrature dans un conseil ou un tribunal » (op.cit. n355). Autrement dit : apte à pren...

De la Famille à la Cité

Image
Existence et natures des communautés La vie humaine s’inscrit dans de multiples communautés. Toute ces communautés ont un défaut, défaut non pas accidentel dû aux déficiences humaines, mais un défaut essentiel, ‘structurel’ dirait-on : elles ne se suffisent pas. Elles ont besoin les unes des autres. Et, de même qu’il ne suffit pas de dire que les hommes ont besoin les uns des autres, mais que leur nature les conduit à s’unir en communauté, de même il ne suffit pas de dire que les communautés ont besoin les unes des autres - relation horizontale -. Elles ne peuvent vivre qu’en s’unissant dans une communauté plus vaste - relation verticale - qui, elle, se suffira, ayant en elle-même tout ce qui est nécessaire à son bien commun. Cette communauté suprême, auto-suffisante ou autarcique - et donc, en ce sens, parfaite - et souveraine, existe. On la trouve dans l’Histoire. Elle peut disparaître, renaître sous d’autres formes. On peut se demander aujourd’hui quelle est son extension. Son exis...

L'autorité

Image
Dans un être vivant, dont l’unité est physique, la forme et la matière s’appellent mutuellement et il n’y a pas d’autre principe d’unité d’être. Autrement dit, c’est la nature même du végétal qui ‘fait’ l’unité des parties, car ces parties ne sont rien d’autre que des parties du végétal. L’homme, au contraire, doué d’intelligence et de liberté, a une vie autonome. L’instinct naturel à la vie sociale n’est qu’une tendance indéterminée qui ne suffit pas à assurer la cohésion de la communauté. Chacun, par un acte libre - et non pas par un instinct naturel comme les cellules végétales ou encore les animaux sociaux, tels les abeilles - s’insère dans la communauté et coopère à l’action commune. Ce peut être plus ou moins conscient, par éducation, par habitude ou ‘pesanteur’ sociale : ‘on a toujours fait ainsi’. Mais l’homme peut aussi se demander pourquoi il fait partie de cette communauté et la remettre en cause ; il peut s’en détacher, sinon de corps, du moins d’esprit, et cess...

L'homme : naturellement social et politique

Image
Voici la vérité fondamentale sur laquelle reposent la philosophie et la théologie politiques : l’homme est naturellement social . On perçoit rarement toutes les conséquences qui en découlent. L’homme est un animal social. Ses trois types d’activités, qui sont contempler, agir, faire, mettent en jeu la vie en société. C’est pourquoi, aussi loin que l’on remonte dans l’Histoire il apparaît que l’homme vit toujours de manière communautaire. Ces communautés sont diverses, réduites à quelques dizaines d’individus, ou au contraire englobent des masses immenses de population, mais le fait social est universel.  L’homme n’est pas naturellement solitaire.

La science politique : une science pratique

Image
La philosophie spéculative considère la nature humaine, simple et universelle. Ses conclusions sont certaines, absolument et universellement. ‘L’âme humaine est immortelle’ : ceci est vrai et sera toujours vrai de tous les hommes sans exception. La prudence , en particulier la prudence politique, porte sur des actions particulières et contingentes, ici et maintenant, par exemple : convient-il d’autoriser ou d’interdire tel médicament ? La science pratique se situe entre les deux. Ses grands principes ressortent de la philosophie spéculative et en ont la certitude - par exemple : la primauté du bien commun. Mais ces principes ne suffisent pas à donner des règles d’action. Les conclusions de la science morale et politique sont vraies « la plupart du temps ». Par exemple : la propriété privée peut souffrir des exceptions. « Il ne faut pas exiger 'une certitude identique en toutes choses' », dit Aristote.  Par conséquent, dans les choses contingentes, telles ...

Le 'DE REGNO' de SAINT THOMAS D'AQUIN : introduction

Image
« Du gouvernement des princes »   Un ouvrage actuel ? Quel intérêt peut présenter aujourd’hui le De Regno de saint Thomas d’Aquin ? N’est-il que le témoignage d’un idéal révolu de Chrétienté médiévale ou simple élément de l’Histoire des doctrines ? Tous s’accordent à reconnaître la gravité de la crise qui agite le monde et le désarroi des autorités politiques et religieuses qui le gouvernent, en dépit de leurs discours iréniques. Pouvons-nous trouver des éléments de solution chez le Docteur Commun ? A-t-il quelque chose à nous dire aujourd’hui ?