19 oct. 2015

LA TRADITION




D’APRÈS LA PHILOSOPHIE


Cette étude de la notion de ‘Tradition’ est conçue d’abord pour poser les jalons indispensables à un approfondissement théologique. L’intérêt d'une telle étude apparaît aujourd’hui tout particulièrement dans le domaine de la liturgie. C’est pourquoi la seconde partie concernant la Tradition de l’Église se trouvera sur SKITA PATRUM.

Nature et principes de la tradition
Les principes des actes humains
Cause finale
Sujet ou cause efficiente
Cause matérielle
Objet
Cause exemplaire
Propriétés de la tradition : vie ou évolution organique
Diverses sortes de traditions
Erreurs et errements dans la tradition

Suite de cette étude : La Tradition de l’Église


On connaît la célèbre sentence d’Aristote, reprise par saint Thomas d’Aquin : ‘l’homme est naturellement politique’. On pourrait tout aussi bien dire ‘l’homme est naturellement traditionnel’. Toutes les sociétés, non seulement la Cité (société politique), mais aussi de simples communautés informelles ont une tradition et sont fondées sur elle. Un peu d’attention nous fait voir que la plupart des réalités humaines ont un caractère traditionnel, c'est-à-dire qu’elles résultent d’une transmission : les mythes, les grands principes de la vie humaine, les religions, les langues, les sciences, les arts et métiers et , en un mot toute la civilisation, existent par mode de tradition.


Étymologie

Tradition vient de tradere (transmettre), qui vient lui-même de trans + dare : donner au-delà.
En grec, l’étymologie est la même : παράδοσις < παρά + δίδωμι Transmettre, tradere, étant une action on distingue :

- tradition active : l’acte de transmettre

- tradition passive : l’acte de recevoir

- tradition objective : cela même qui est transmis.

Par exemple : - enseigner la musique - recevoir l’enseignement - l’art musical lui-même.
Ces deux actes sont réciproques et simultanés et aucune tradition objective n’existe si elle n’est supportée par des hommes qui la maintiennent et la transmettent.


Nature et principes de la tradition

Les principes des actes humains

La tradition, au sens le plus général du terme, est un acte de communication entre celui qui transmet et celui qui reçoit. En quoi se distingue-t-elle d’une communication quelconque ? Comme elle est un acte humain, on le saisira en suivant l’ordre des principes de l’acte humain en général.

Tout acte humain est défini par :

- une cause finale : le but, ce en vue de quoi, l’acte est accompli ;

- un sujet : celui qui fait l’action ; ce sujet peut être dit aussi cause efficiente ;

- une cause matérielle : ce sur quoi s’exerce l’action ;

- un objet : cela même qui est fait ou imprimé dans la matière, ou produit à partir de la matière, par exemple la forme de la statue dans la pierre, une figure dans la cire ;

Il faut ajouter aussi, éventuellement, la cause exemplaire d’après laquelle l’objet est produit ou l’acte accompli ; beaucoup d’actes sont des imitations d’un acte premier exemplaire.
L’examen des traditions de toutes sortes permet d’induire les principes selon le cadre d’analyse donné par la philosophie des actes humains.


Cause finale

La cause finale d’une tradition, ce en vue de quoi des hommes transmettent à d’autres, consciemment ou non, est la continuité de l’existence et du bien commun d’une communauté. Une tradition n’est pas une communication privée entre personnes, car elle existe dans le cadre d’une communauté, dans un cadre formellement social. Une tradition peut parfois se transmettre de manière secrète, de personne à personne, mais elle se réfère toujours à quelque communauté. Ce caractère social apparaîtra aussi dans les autres causes.
Pourquoi y a-t-il tradition, par exemple, dans une communauté d’artisans ? Pour la permanence et le progrès de cet art et, partant, de cette communauté d’artisans. Pourquoi y a-t-il une tradition familiale ? Pour que, par-delà les individus qui disparaîtront, le patrimoine spirituel, culturel et … immobilier demeure. Notons à ce propos que sans tradition morale et civilisationnelle le patrimoine matériel risque fort de péricliter. Une nation peut subir comme un génocide spirituel et moral si les principes de sa civilisation, sa religion, sa littérature, son histoire sont ignorées des jeunes générations.