25 sept. 2017

Dimensions de la Cité

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Accessoirement, quelques considérations du De Regno donnent des éléments de réflexion au sujet des dimensions idéales de la Cité.

Au temps de saint Thomas, on pouvait considérer que la Cité - incluant la campagne environnante - comportait tout le nécessaire pour la vie humaine, industries et œuvres de civilisation incluses. Les villes ne se regroupaient en provinces que pour assurer leur défense. Saint Thomas dit de même dans son Super Matthaei Evangelium [1].

Les transformations actuelles du monde rendent cette vue quelque peu caduque, mais les principes demeurent : la Cité, au sens plein, est la communauté auto-suffisante. On peut certes se demander quelle est aujourd’hui cette Cité.
Faut-il l’élargir aux dimensions de l’Europe ou du monde ?

La Cité antique était réduite aux dimensions de la ville et de la campagne environnante. Ne faut-il pas aujourd’hui dépasser les États nationaux par l’Union Européenne et même le monde et viser à l’établissement d’une Cité et d’un gouvernement mondial ?
Aristote donne des éléments de réponse : la grandeur de la Cité doit être suffisante pour l’autarcie, mais pas plus.
« Quelle est la limite après laquelle commence l’excès, il est facile de le voir d’après les faits. Car les actions de la Cité sont, d’une part, celle des gouvernants et, d’autre part, celle des gouvernés, et la fonction du gouvernant c’est de donner des ordres et de juger. Mais pour juger en matière de procès et pour distribuer les magistratures selon le mérite il est nécessaire que les citoyens se connaissent mutuellement, connaissent leurs qualités, parce que là où il se trouve que ce n’est pas le cas, nécessairement ce qui touche aux magistratures et aux procès va mal. Car dans ces deux domaines il n’est pas juste d’agir sans réfléchir, ce qui, manifestement, se produit avec une trop grande masse de gens. De plus il est facile aux étrangers et aux métèques d’usurper le droit de cité, car il n’est pas difficile de passer inaperçu du fait du nombre excessif de citoyens. Dès lors il est évident que la meilleure limite pour une cité c’est le nombre maximum de citoyens propre à assurer une vie autarcique et qu’on peut saisir d’un seul coup d’œil. » [2]
Retenons-en qu’à tous les degrés il faut que puissent s’établir des rapports personnels. Cela n’exclut pas le grand nombre par mode de fédération, où les chefs et magistrats puissent se connaître personnellement à chaque degré hiérarchique. Mais cela exclut la globalisation anonyme.

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[1] Thomas d'Aquin, Super Mat.12, lectio 2, n°1011

[2] Aristote, Politique, VII, c.4

Commerce et finance


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"Les négociants portent tout leur effort vers le gain, et par suite la pratique habituelle du négoce enracine la cupidité dans le cœur des citoyens..."
Saint Thomas d'Aquin, De Regno II, 7
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Pourquoi un tel ostracisme à l’égard des négociants ?

Sont-ils tous nécessairement envieux et cupides ?

Là n’est pas la question. Toute entreprise économique, atelier, usine, exploitation agricole ou autre est finalisée et définie par ce qu’elle produit, par ce qu’elle apporte en propre. Cette production est réglée par les besoins et la réalité de la vie humaine. Une entreprise commerciale (a fortiori financière), à moins de n’être que l’auxiliaire d’une entreprise de production ou d’approvisionnement, ne produit rien ; elle n’est finalisée par rien, sinon par l’argent. Or, l’argent n’est pas un bien réel, mais un instrument d’échange. Cette entreprise est donc de soi indéterminée et elle échappe à toute règle de nature. Une entreprise dont le but objectif (nous ne parlons pas des motivations subjectives) n’est que faire de l’argent, non pas la production d’un bien concret, échappe donc de soi aux corps sociaux et à la Cité.
« Parce que l’acquisition d’argent est infinie, à cause de cette partie de l’économie [qu’est la finance] il semble aux hommes que les richesses et propriétés n’aient pas de terme. […] La partie de l’économie qui porte sur l’alimentation et les autres choses nécessaires à la vie est naturelle. ; celle qui porte sur l’acquisition d’argent n’est pas naturelle. La monnaie n’a pas été découverte à partir de la nature mais elle a été introduite de par l’expérience et l’art. » [1]

Les activités économiques ayant pour objet des biens concrets sont finalisées et mesurées par les besoins et les conditions concrètes d’existence ; elles ne peuvent être infinies.
« Ainsi l’art médical désire la santé de manière infinie car il cherche par tous les moyens à la produire ; mais il ne donne pas les médicaments de manière infinie ; il les donne seulement dans la mesure de leur utilité pour la santé ; et ainsi dans les autres arts [comme quoi l’industrie médicale gouvernée par la finance a intérêt à vendre le plus de médicaments possible, utiles ou pas]. » [2]
Au contraire, la ’production’ d’argent est à elle-même sa propre fin, et partant indéfinie.
« L’argent n’est pas la fin de l’économie ; il est ordonné à une fin qui est le gouvernement de la famille [l’économie a pour fin propre la vie de la famille ; ici se trouve l’opposition radicale entre l’économie moderne et l’économie naturelle et chrétienne]; donc la finance recherche l’argent sans aucune limite, tandis que l’économie le recherche de manière réglée par une limite. » [3]
L’instrument qu’est l’argent étant pris pour une fin il échappe à toute régulation et devient objet de recherche infinie, de soi infiniment multipliable, sans référence à la nature des choses. Une entreprise financière tend de sa nature même à échapper au bien commun. Elle a intérêt à ce que la Cité soit la moins auto-suffisante possible. Elle n’a de soit aucun intérêt au bien commun ni à l’unité de la Cité. La permanence de la Cité ne l’intéresse que pour la sécurité du commerce, qu’une autre Cité ou structure politique peut fort bien assurer. De soi le négociant est apatride.

« Le négoce consiste à échanger des biens. Or, Aristote distingue deux sortes d'échanges. L'une est comme naturelle et nécessaire, et consiste à échanger denrées contre denrées, ou denrées contre argent, pour les nécessités de la vie. De tels échanges ne sont pas propres aux négociants, mais sont surtout effectués par le maître de maison ou le chef de la cité qui sont chargés de procurer à la maison ou à la cité les denrées nécessaires à la vie. - Il y a une autre sorte d'échange; elle consiste à échanger argent contre argent ou des denrées quelconques contre de l'argent, non plus pour subvenir aux nécessités de la vie, mais pour le gain. Et c'est cet échange qui très précisément constitue le négoce, d'après Aristote. Or, de ces deux sortes d'échange, la première est louable, puisqu'elle répond à une nécessité de la nature, mais il réprouve à bon droit la seconde qui, par sa nature même, favorise la cupidité, laquelle n'a pas de bornes et tend à acquérir sans fin. Voilà pourquoi le négoce, envisagé en lui-même, a quelque chose de honteux, car il ne se rapporte pas, de soi, à une fin honnête et nécessaire.
Cependant si le gain, qui est la fin du commerce, n'implique de soi aucun élément honnête ou nécessaire, il n'implique pas non plus quelque chose de mauvais ou de contraire à la vertu. Rien n'empêche donc de l'ordonner à une fin nécessaire, ou même honnête. Dès lors le négoce deviendra licite. C'est ce qui a lieu quand un homme se propose d'employer le gain modéré qu'il demande au négoce, à soutenir sa famille ou à secourir les indigents, ou encore quand il s'adonne au négoce pour l'utilité sociale, afin que sa patrie ne manque pas du nécessaire, et quand il recherche le gain, non comme une fin mais comme salaire de son effort. » [4]

Nous voyons aujourd’hui les ravages de la finance anonyme et vagabonde. Les entreprises financières ont intérêt à la globalisation de l’économie. L’économie globalisée par l’Union Européenne et l’O.M.C. ruine les économies locales et politiques - dites ‘nationales’ - au profit des entreprises financières et, accessoirement, des entreprises de transport. Il ne suffit donc pas de remédier aux injustices les plus criantes du monde capitaliste ; c’est l’exigence d’une remise en cause radicale qui ressort de la politique économique de saint Thomas.


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[1] Saint Thomas d'Aquin, In Polit. I, lectio 7, n°111

[2] Saint Thomas d'Aquin, In Polit. I, lectio 6, n°123

[3] Saint Thomas d'Aquin, In Polit. I, lectio 6, n°123

[4] Saint Thomas d'Aquin, Somme Théologique II-II, 77 art. 4


L'immigration

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Comme en passant saint Thomas touche, dans un passage du De Regno sur les marchands, une question très actuelle.
Le moins que l’on puisse dire est qu’il n’est pas favorable à la présence d’étrangers sur le sol de la Cité. Il ne s’agit pas ici de porter un jugement de valeur sur les mœurs et coutumes d’un autre peuple. Les peuples ont des mœurs différentes issues de leur Histoire et de leur tradition. Le mélange dans les mêmes lieux fait perdre ces héritages. Les hommes du melting-pot sont des déracinés, sans repères ni traditions. Ils ne sont plus unis que par la matière et le lieu qu’ils habitent, sans unité proprement humaine. La tradition de la Cité où ils habitent n’a plus d’intérêt pour eux. Cette unité purement matérielle et utilitaire, sans communion à un héritage morale et culturel commun, rend précaire voire inexistante l’unité de la Cité. La Cité ne peut reposer sur une convergence fragile d’intérêts matériels.
« Il est essentiel qu'au début de notre existence nous soyons façonnés par un seul milieu spirituel ; autrement nous devenons des apatrides de la pensée, sans identité propre. » [1]
L’immigration incontrôlée conduit au génocide culturel et religieux.

L’unité de la Cité requiert que les immigrés soient peu nombreux, intégrés non seulement dans le circuit économique, mais encore et surtout dans la Civilisation, c’est-à-dire dans les traditions culturelles et morales. L’école a un ici un rôle capital. Hélas, le système éducatif français n’enseigne rien sur la Civilisation et la Patrie française ; il forme au contraire aux idéaux révolutionnaires. Intégrer les immigrés ne signifie pas leur distribuer de l’argent, mais leur enseigner la langue, la littérature, l’Histoire française et donc romaine, et la religion catholique. En dehors de cette voie, la société va vers son éclatement par une intégration à l’envers.

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[1] Thomas Molnar, L’américanologie, p.79