24 août 2016

Création et Société





La raison de la création du monde
et
la forme de la société politique

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L’œuvre de la création du monde se distingue en quatre étapes :

- production dans l’existence (Summa Theologica I, 44-46)
- distinction et ordonnance des parties (Summa Theologica I, 47-69)
- ‘ornementation’, c’est-à-dire production des diverses espèces d’êtres (Summa Theologica I,70-74)
- création et établissement de l’homme (Summa Theologica I, 90-102).

Cette vision théologique, qui n’entend pas poser de chronologie entre ces étapes, confirme ce que la politique manifeste de manière inductive.

Qu’est-ce-qui définit une société politique ? Le Prince qui la fonde - les hommes politiques qui établissent L’État - en sont la cause efficiente. Les citoyens n’en sont que la cause matérielle éloignée, la cause matérielle prochaine étant les corps sociaux et communautés inférieures à la Cité, intermédiaires entre la Cité et la famille.
« Ces réalités sont réunies seulement selon l’ordre : les hommes dans une armée, ou les familles dans une cité ; alors c’est le tout qui est cause formelle et qui est désigné par le nom d’armée ou de cité. » [1]
Les parties de la communauté, autrement dit les hommes, conviennent dans l’unité de par les relations qu’elles ont entre elles et avec le tout qu’elles constituent. La forme d’une communauté définit ces relations des parties en tant qu’elles communiquent les unes avec les autres et qu’elles participent à l’activité commune. Cette forme peut être objet d’énoncés sous forme de statuts, de conventions et de lois. Il peut fort bien ne pas y avoir de texte écrit, mais simplement une coutume unanimement acceptée. Écrite ou non, cette coutume est comme la forme exemplaire de la communauté, l’idée qui norme la vie de la communauté. [2]
« Il faut qu’il y ait dans la Cité une multitude de réalités diverses, mais que la Cité soit une et commune de par la discipline des lois correctement posées » (Saint Thomas d’Aquin, Politica II, lectio 5, n.208)
« L’État ('respublica') n’est rien d’autre que l’ordination de la Cité quant à toutes les autorités qui s’y trouvent, et principalement quant à la première. » (Politica III, lectio 5, n.385)
« L’État ('respublica') est l’ordre de la Cité. Or l’ordre est comme la vie de ce dont il est l’ordre. C’est pourquoi l’État est la vie de la Cité. Et de même que la vie cessant d’exister, ce dont elle est vie cesse d’exister, l’État cessant d’exister, la Cité cesse d’exister. » (Pierre d’Auvergne - continuateur de saint Thomas - Politica IV, lectio 10, n627 )
L’État est l’ordre, c’est-à-dire l’ensemble des relations des parties constituant la Cité. Tout comme un corps vivant ne peut demeurer en vie que si les parties agissent en harmonie les unes envers les autres et envers l’ensemble du corps, ainsi l’État assure-t-il le fonctionnement harmonieux des diverses parties de la Cité.
« De même que dans un État il y a une multitude d’homme, dont certains meurent tandis que les autres les remplacent ; et qu’ainsi l’État ne demeure pas le même quant à la matière, puisque les hommes ne sont plus les mêmes ; l’État demeure cependant le même quant à l’espèce ou la forme, de par l’unité d’ordre dans les charges distinctes: et de même dans le corps humain, les os et la chair demeurent identiques quant à l’espèce et à la forme que l’on considère selon le lieu, les facultés et la figure, mais non pas quant à la matière : car cette matière-ci de la chair, en laquelle il y avait cette forme de chair, a été consumée et une autre l’a remplacée. » (Saint Thomas d’Aquin, Quodlibet. VIII, a5).


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[1] Saint Thomas d’Aquin, Comm. in Metaph., V, lectio 3, n779

[2] Cf. Lachance, L’humanisme politique de saint Thomas d’Aquin, p. 255 ss.